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Cinq suggestions littéraires régionales pour le 12 août

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Depuis quelques années, le 12 août est en quelque sorte le Noël des amateurs.trices de littérature québécoise. L’initiative Le 12 août, j’achète un livre québécois est devenue une véritable tradition qui fait le bonheur tant des libraires que des auteurs et autrices de chez nous. Les lecteurs et lectrices, quant à eux, peuvent se réjouir d’avoir enfin un prétexte pour découvrir une oeuvre d’ici sans se sentir coupable d’acheter encore un nouveau livre (c’est pour une bonne cause après tout!). Cela dit, tant qu’à acheter québécois, pourquoi ne pas acheter régional? L’Abitibi-Témiscamingue est un terreau fertile pour les plumes de grande qualité, uniques par leur ton, leurs thèmes et leur audace. Cinq collaborateurs et collaboratrices de Tourisme Abitibi-Témiscamingue se sont réunis pour vous proposer des coups de coeur d’auteurs et autrices établis ou originaire de notre belle région. Bon bouquinage!

La suggestion de Jean-Lou David: Un coin jeté dans le nord, par Alexandre Castonguay et Nicolas Lauzon

Tragédie rurale, cette pièce nous entraine au fond de l’angoisse régionale lorsqu’il ne reste plus rien d’autre que l’échec et la rancœur des rêves industriels brisés. La prospérité s’y est évanouie en même temps que le savoir-vivre. Écrite à deux mains, cette dramaturgie de fond de rang est portée par un souffle de hargne et de désespoir douloureux mais nécessaire.

Rarement une œuvre de notre région n’a frappé si juste pour exprimer nos colères, nos désillusions et le vide que l’on se sent au cœur lorsque la clef est mise dans la porte de l’usine. La violence se déchaine et les victimes – toujours les mêmes – devront pâtir de leurs trahisons. C’est le règne du mâle blessé, le déferlement de la grossièreté et de la vengeance sauvage. Guedule, Ti-Peigne et Taureau, rendus fous par l’humiliation. Le Carnaval de la bouette prend cette année une tournure cauchemardesque alors qu’on fait des donuts en quatre-roues dans le pit de sable plus loin. Le cœur sanglant de l’orignal, symbole d’une aliénation coloniale et d’une violence dont les hommes sont à la fois les bourreaux et les victimes, repose dans la glacière sur le quai municipal à l’abandon.

Coiffée d’une postface magistrale signée par Dalie Giroux, la nouvelle voix du Québec qui s’envisage enfin dans son hybridité coloniale-colonisée, Un coin jeté dans le nord est une lecture qui force à se regarder droit en face.


Le choix de Sophie Mediavilla-Rivard: Jane, le renard et moi, par Fanny Britt et Isabelle Arseneault

Jane, le renard et moi a marqué mon enfance et me marque encore. Chaque fois que je relis cette bande dessinée, je découvre de nouvelles choses, que ce soit dans la beauté des illustrations d’Isabelle Arsenault ou dans la profondeur de l’histoire. On y suit Hélène, qui subit de l’intimidation à l’école. Elle se réfugie dans le roman Jane Eyre, puis fait finalement une rencontre qui ajoute de la couleur aux teintes grises de son quotidien. L’auteure d’origine amossoise Fanny Britt a coécrit ce livre avec justesse. Malgré le thème douloureux, sa plume est empreinte d’un humour et de petits bonheurs qui rendent l’œuvre si lumineuse.


La suggestion de Gabrielle Izaguirré-Falardeau: Les héritiers de la mine, par Jocelyne Saucier

Jocelyne Saucier a donné à la littérature régionale quantité d’œuvres marquantes et incontournables. Si Il pleuvait des oiseaux – acclamé sur la scène mondiale et objet d’une adaptation cinématographique – est sans conteste la plus connu de toutes, l’ensemble de la bibliographie de cette autrice rouynorandienne vaut la peine d’être découverte. Dans Les héritiers de la mine, Saucier nous plonge dans l’univers chaotique de la famille Cardinal et de ses 21 enfants, oscillant entre chaleur et misère, complicité et conflit, bonheurs simples et malheurs inévitables. Les retrouvailles de la famille entière à l’occasion d’une cérémonie destinée à honorer le patriarche font ressurgir l’ombre d’un lourd secret et le destin fatal de Norco, une ville minière abandonnée comme tant d’autres une fois son sol vidé de ses richesses. Par son écriture d’une justesse sans pareille, Jocelyne Saucier met en scène des personnages désarmants d’authenticité, développés avec profondeur et empathie. Elle nous entraîne avec justesse dans le décor et le quotidien hostile, mais captivant de cette famille rongée par les non-dits et la tension cumulée au fil des ans, articulant habilement son récit autour d’un mystère à résoudre, d’une crise à étancher ou à laquelle laisser enfin libre cours. Au-delà de la qualité littéraire de l’œuvre, il s’agit selon moi d’un livre se démarquant par l’importance des thèmes abordés et leur lien étroit avec la réalité régionale. On finit cette lecture habités par l’histoire qu’elle porte, mais aussi par des questions essentielles sur le rapport du territoire et de ses citoyen.ne.s à l’industrie minière et ses impacts.


La suggestion de Claudine Gagné: Daddy, par Antoine Charbonneau-Demers

Le prolifique auteur de Daddy, Antoine Charbonneau-Demers, est originaire de Rouyn-Noranda. Il contemple des thèmes près de lui : le spleen, le passage à l’âge adulte, la sexualité, les amours, les relations familiales. Rien de nouveau sous le ciel littéraire, certes, mais Charbonneau-Demers a une façon inédite de raconter sa version des faits.

Dans son dernier ouvrage, il nous guide dans une prose simple et crue. Le récit s’ouvre avec la déclaration d’état d’urgence de la pandémie de COVID-19 au Québec, doublée d’un diagnostic de chlamydia. Romantique et âme sensible s’abstenir, à moins d’avoir envie de voyeurisme. Dans ce cas précis, tu es à la bonne adresse.

On traverse avec l’auteur la pandémie et, par le fait même, la solitude. Dans son univers de jeunes branchés du plateau ayant tout pour plaire, amitié et talent inclus, on entend son raisonnement quant à sa peur de l’amour, quel qu’il soit. Un besoin destructeur de protéger son coeur se dessine à travers une relation avec un homme, un banquier qui n’aime pas les livres. Fiction ou autobiographie? La ligne est mince et l’auteur marche sur cette corde raide.

Dans ce récit, les milléniaux et les Y se retrouveront facilement. Les plus vieux se rappelleront les tourments de la vingtaine, le doute de soi et le néant devant le futur, en plus d’y découvrir, peut-être, des enjeux loin de leur réalité. Voilà une craque dans le rideau de la chambre à coucher de Charbonneau-Demers. Daddy est un roman où se dévoilent sans filtre la peur de l’attachement et le besoin de tendresse.


La suggestion de Jade Bourgeois: J’ai échappé mon cœur dans ta bouche, par Samuel Larochelle

Touchant, (très) cru, drôle, bouleversant et attendrissant… J’ai échappé mon cœur dans ta bouche est tout ça, mais pas que. Le livre de Samuel Larochelle est composé de courts récits à saveur poétique qui parlent d’amour, d’amitié, de famille, de sexe – souvent! – de la construction de l’identité, des choix professionnels, des obstacles et préjugés auxquels on fait face, etc. etc. On ne se lasse pas de cet univers authentique et poignant qui nous plonge au cœur des relations humaines, aussi belles ou compliquées – voire laides – soient-elles. En tant que jeune célibataire bientôt trentenaire qui a à la fois envie d’une carrière enrichissante et touche-à-tout que d’une vie de voyages trépidante, je me suis beaucoup reconnue dans les récits de l’écrivain originaire d’Amos. La preuve : j’ai ri, pleuré et même noté des passages!


Maintenant, filez vers votre librairie indépendante préférée, puis nourrissez vous le coeur et l’esprit des mots de chez nous. Bonne lecture!

Un commentaire

  1. Hélène Paul dit :

    J’aimerais lire tous ces livres

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