Comment j’ai compris le métier de la trappe au Témiscamingue - Tourisme Abitibi-Témiscamingue
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Comment j’ai compris le métier de la trappe au Témiscamingue

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Le 23 juin dernier, j’ai enfourché ma moto en solo et j’ai pris la route du Témiscamingue. Mon plan : assister à l’ouverture du nouveau parc national d’Opémican à Laniel, aller faire le curieux au Festival de la rivière Kipawa, mais avant, visiter les nouvelles installations d’une entreprise unique en son genre : L’Gros Trappeur. Curieusement, je ne me doutais pas que cette dernière activité allait être l’un des gros highlights de l’année en ce qui me concerne.

J’en n’étais pas à ma première visite chez L’Gros Trappeur Fourrures, puisque j’y avais accompagné une tournée de blogueuses en 2016. À l’époque, l’ensemble des activités de l’entreprise était contenu dans un si petit espace que j’avais eu du mal à me glisser entre les filles pour écouter la visite et bien comprendre la vision de ses entrepreneurs : Claude Cardinal et Pascal Laliberté. J’étais littéralement passé à côté de quelque chose et, pour preuve, ma deuxième visite allait me faire apprendre un tas de trucs auxquels je n’aurais jamais pensé.

Sur la route vers L’Gros trappeur

Revenons un peu en arrière. Il y a un an, en décembre 2017, je m’étais mis dans la tête que j’allais enfin conduire une moto. Le 21 janvier 2018, j’achetais ma p’tite BMW 650GS. La tête dans mon petit carnet théorique, j’ai enchaîné tour-à-tour toutes les étapes du cours jusqu’à l’obtention de mon permis, le 22 mai 2018. « Ça m’a coûté une beurrée », comme on dit en bon québécois! Or, un mois plus tard, j’avais déjà plusieurs kilomètres dans le casque et je roulais en direction de Nédélec. La journée était parfaite pour rider, la température était idéale. À la veille de la St-Jean-Baptiste, j’avais le feeling d’être en congé pour plusieurs jours. J’étais (bien) dans ma tête.

Je n’étais pas encore prêt à m’arrêter quand je me suis présenté chez L’Gros trappeur. Je me suis donc permis de prendre une photo de ma moto avant d’entrer.

Pascal et Claude

Les propriétaires : Pascal Laliberté et Claude Cardinal

Découvrir le métier de trappeur

À mon arrivée à l’intérieur de la boutique, j’ai tout de suite été reçu chaleureusement par Pascal et Claude, qui ont pris soin de me débarrasser de mon attirail de biker (je me la pète!). Leur accueil m’a complètement remis dans mon état normal, soit sociable et curieux de nature.

Ça tombe bien, parce que c’est dans un esprit d’ouverture qu’il faut aborder cette visite. L’humilité, l’honnêteté et le désir d’informer de Claude et Pascal étaient plus qu’appréciables. Ça m’a mis super à l’aise pour poser des questions et mieux comprendre le métier de trappeur.

Les pièges

Les pièges utilisés

C’est un vieux et noble métier. Au Québec et en Abitibi-Témiscamingue, la trappe a été pratiquée par nos ancêtres depuis longtemps.

Pour Pascal, c’est son grand-père qui l’a initié au piégeage. Son père était trappeur également. On parle de connaissances passées de génération en génération. Malgré tout, les méthodes ont énormément changé. Aujourd’hui, L’Gros trappeur perpétue cette pratique dans le respect le plus profond de la nature : « C’est fini le temps des pièges en fer à rétention par la patte avec des dents […] c’est illégal. » Plus question de cruauté animale. L’animal piégé décède dans les 30 secondes, max.

Pourquoi piéger alors?

« Le piégeage permet, entre autres, de gérer les populations animales dépourvues de prédateurs, d’aider au contrôle des animaux nuisibles (comme le castor nuisant à des infrastructures routières ou agricoles), de contrôler la diffusion ou l’expansion de certaines maladies (comme la rage chez les ratons laveurs) et d’assurer une saine gestion des populations fauniques et des écosystèmes » (ref. 1)

Le respect de l’animal

Personnellement, j’aime beaucoup les animaux, mais je suis d’avis que c’est normal que l’humain chasse au même titre que les autres espèces. Or, l’homme a perdu contact avec la nature et les animaux de manière flagrante. L’industrialisation de la nourriture est en grande partie responsable de notre grand échec à cet égard (visionner cette vidéo).

Si l’homme avait à tuer l’animal de ses mains à toutes les fois où il doit se nourrir, il en serait tout autrement. J’ai compris ça dès le premier jour où je me suis mis à la chasse aux petits gibiers. Ce jour-là, j’avais stupidement atteint une perdrix à la patte, la laissant sans moyens, en boule sur le sol. J’ai pu la flatter au sol et la regarder dans les yeux avant d’abréger ses souffrances…

« C’est rien », vous me direz, mais, cet événement a contribué à faire de moi une personne sensible au sort des animaux, car je sais combien il faut être fort pour chasser. Non seulement il faut être fort, mais il faut bien faire les choses… Le tout, dans le respect.

L'espace du travail du Gros Trappeur

L’un des éléments qui m’a le plus épaté lors de ma visite : l’incroyable propreté de l’endroit.

C’est ce que j’ai senti en discutant avec Pascal : une compréhension approfondie de la nature et une attention particulière au moindre détail : « J’ai une pensée pour chacun des animaux que je vois », révèle-t-il. De la technique de piégeage aux produits qu’il utilise pour le tannage, en passant par les méthodes de travail, l’éducation des touristes et jusqu’aux gens pour qui il choisit de collaborer. Tout est réfléchi.

Apprécier la beauté de la nature passe aussi par l’observation. Si l’anatomie artistique est un incontournable pour l’apprentissage des beaux-arts, l’étude de l’anatomie animale l’est tout autant pour réussir à naturaliser une petite bête. Une fois de plus, j’ai pu constater la grande minutie de Pascal et son désir de perfectionnement. Je me suis d’ailleurs promis de montrer son travail à ma blonde – elle qui s’intéresse de près à la biologie des animaux.

« La taxidermie, c’est quelque chose d’hyper artistique et c’est tellement propre au Témiscamingue! C’est tellement l’image du Témiscamingue, la trappe, c’est ce qui a ouvert le pays, si on peut dire. C’était des métiers, mais aujourd’hui c’est des formes d’art qu’on tend à oublier. », explique Claude Cardinal.

 

Puisqu’on parle de Claude… Claude, c’est l’extension naturelle de ce projet. Si vous pensiez que Pascal était attentif aux détails, c’est que vous n’avez pas tout à fait porté attention durant la visite. Elle est la fourrure qui enveloppe l’animal, la chaleur de l’accueil, les mots justes, mais aussi, la façon dont tout s’organise à merveille.

Enfin, Claude, c’est la beauté et la qualité des produits qui remplissent la boutique. C’est elle qui crée les produits de toute pièce, LITTÉRALEMENT. Tandis que les grandes compagnies ne choisissent que les grandes sections de fourrure sur l’animal, elle s’efforce d’en exploiter la moindre parcelle afin de la mettre en valeur, que ce soit des mitaines, des coussins ou des boucles d’oreilles. Aucun gaspillage!

Visite de la boutique du L'Gros Trappeur au Témiscamingue. Gros plan sur des bottes d'hiver en fourrure réalisées par L'Gros Trappeur.

Visite de la boutique L'Gros Trappeur au Témiscamingue en compagnie des propriétaires Claude et Pascal.

Pour tout dire, L’Gros Trappeur, c’est un projet exceptionnel liant deux êtres qu’on pourrait juger incompatibles au départ : Pascal, un gars de bois pur et dur comme il ne s’en fait plus et Claude, une fille de ville qui a toujours entretenu le rêve d’avoir sa propre boutique mode. Au final, on réalise que le meilleur se trouve à la jonction de ces deux univers… qu’il faut absolument découvrir!

Bien évidemment, je vous encourage à donner l’un de leurs produits à Noël, mais pensez aussi à vous offrir une pleine visite quand vous en aurez l’occasion.

On se revoit sur la route du Témiscamingue l’an prochain. D’ici-là, passez de très joyeuses Fêtes!

– Réjean Lavoie

 


REF 1 : pourquoipieger.com/pourquoi

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